Préparation et accompagnement des communautés éducatives de l'Enseignement catholique pour la journée nationale du 1 décembre 2006, dans la continuité des assises.

27 avril 2006

Evry : le document d'éclairage distribué lors des rencontres


Pour bien inscrire ces rencontres dans la démarche d'Assises et proposer déjà quelques pistes de réflexion et d'approfondissement, nous avions souhaité proposer ce court document de 4 pages comme premier jalon du travail que vont poursuivre les pilotes diocésains et les observatoires régionaux de pédagogie.
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Evry : Un compte rendu plein d'humour



Muriel Thienpont, jeune chef d'établissement de l'école de St Joseph Roquebrune Cap Martin, qui faisait partie de la délégation des Alpes Maritimes emmenée par M. Jean-Jacques Jamain, directeur diocésain, nous a autorisés à publier dans ces colonnes le compte rendu plein d'humour qu'elle avait fait pour son diocèse de ces deux jours d'Evry.

CONTRE MANIFESTATION : LES PRO-CPE
SE REUNISSENT A EVRY…



Les manifestants se rassemblent à l’Agora.

Le 4 avril dernier, jour de grève nationale, répondant à l’appel de l’EC, une délégation niçoise pro-CPE s’est rendue à Paris. Pour nos courageux (et téméraires!) représentants rendez-vous était pris dès 5 heures du matin à Nice. Voiture, TGV, Transilien, 850 kms et 5 cafés plus tard notre délégation foulait enfin le sol parisien et rejoignait les sympathisants venus de la France entière pour manifester leur adhésion au CPE. Organisée de main de maître par Gilles du Retail la manif a débuté dès 12h30 par… une collation, le temps pour chacun de prendre connaissance des nombreuses banderoles amenées par les manifestants, banderoles se faisant écho des cahiers de la réussite. Le temps également pour nos niçois de prendre le 6ème café de la journée tout en faisant connaissance avec les têtes de file du mouvement qui s’étaient fort démocratiquement mêlées à la foule : André Blandin, Yves Mariani, le Père Derycke, de nombreux directeurs diocésains et autres pontes de l’enseignement catholique. Le cortège des manifestants, 600 personnes selon les organisateurs, 599 selon la police, s’est ensuite dirigé pacifiquement vers la cathédrale d’Evry. Notons qu’aucun incident n’a troublé le déplacement, les casseurs étant fort occupés dans le centre ville de Paris. Confortablement installée sur les bancs de la cathédrale (mais qui a eu l’idée de faire des coussins avec le sigle des Assises ?), l’assemblée a alors pu exposer sa revendication principale : « Eduquer la personne, passion d’Espérance », une Espérance qui se vit au quotidien par les regards portés sur les élèves qui nous sont confiés. En premier lieu, regard sur un être en devenir, à la fois refus d’enfermer l’enfant dans une histoire, dans un cadre et volonté de « laisser à l’être humain que l’on rencontre le possible d’un devenir » (Maurice Bellet). Regard sur un être fragile ensuite, à la fois refus de participer au « sadisme ordinaire inconscient » (Paul Cornec) et volonté d’organiser un espace d’humanité à travers la parole dite et écoutée. Regard sur un être relié enfin, à la fois refus du lien qui emprisonne et volonté de faire de l’école « un lieu d’initiation où donner à l’homme un chemin d’humanité » (Maurice Bellet). A l’issue de la table ronde, les membres de l’EC se sont résolument et unanimement prononcés pour le CPE, « Confiance, Patience, Exigence ». Le secrétaire général de l’EC, Paul Malartre, interviewé pour vous, a déclaré : « Le travail continue. On n’a jamais achevé la conversion du regard, l’enseignement catholique n’a jamais fini d’être lui-même. Espérer en l’élève, c’est aimer son avenir ». .. Les manifestants se sont alors dispersés dans le calme… et l’Espérance…

Un reportage de votre envoyée spéciale aux Etats Généraux de l’évaluation et de la réussite, Muriel T.

Evry : un éclairage tiré de la dernière encyclique de Benoît XVI


Des attentes d'humanité

« La compétence professionnelle est une des premières nécessités fondamentales, mais à elle seule, elle ne peut suffire.
En réalité, il s’agit d’êtres humains, et les êtres humains ont toujours besoin de quelque chose de plus que les soins techniquement corrects. Ils ont besoin d’humanité. Ils ont besoin de l’attention du coeur. Les personnes qui oeuvrent dans les institutions caritatives de l’Église doivent se distinguer par le fait qu’elles ne se contentent pas d’exécuter avec dextérité le geste qui convient sur le moment, mais qu’elles se consacrent à autrui avec des attentions qui leur viennent du coeur, de manière à ce qu’autrui puisse éprouver leur richesse d’humanité. C’est pourquoi, en plus de la préparation professionnelle, il est nécessaire pour ces personnes d’avoir aussi et surtout une « formation du coeur ».
« Le programme du chrétien, le programme du bon Samaritain, le programme de Jésus, est « un coeur qui voit ». Ce coeur voit où l’amour est nécessaire et il agit en conséquence.
« De plus, la charité ne doit pas être un moyen au service de ce qu’on appelle aujourd’hui le prosélytisme. L’amour est gratuit…. Celui qui pratique la charité au nom de l’Église ne cherchera jamais à imposer aux autres la Foi de l’Église. Il sait que l’amour, dans sa pureté et sa gratuité, est le meilleur témoignage du Dieu auquel nos croyons et qui nous pousse aimer. Le chrétien sait quand le temps est venu de parler de Dieu et quand il est juste de Le taire et de ne laisser parler que l’amour. Il sait que Dieu est amour et qu’Il se rend présent précisément dans les moments où rien d’autre n’est fait sinon qu’aimer.
« Dans son hymne à la charité, saint Paul nous enseigne que la charité est toujours plus qu’une simple activité : « j’aurai beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurai beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne sert à rien». Cet hymne doit être la Magna Charta de l’ensemble du service ecclésial. L’action concrète demeure insuffisante, si,en elle, l’amour pour l’homme n’est pas perceptible, un amour qui se nourrît de la rencontre avec le Christ. La participation profonde et personnelle aux besoins et aux souffrances d’autrui devient ainsi une façon de m’associer à lui : pour que ledon n’humilie pas l’autre, je dois lui donner non seulement quelque chose de moi, mais moi-même, je dois être présent dans le don en tant que personne ».
Deus caritas est – Benoit XVI - 2006

Evry :" Il n'y a pas d'homme condamné"


Nous reprenons ici deux extraits de livres de Maurice Bellet dont les propos ont éclairé la première journée des états généraux.

« Ce qui fait le nid irrécusable de notre vie, c’est ce que l’apôtre Paul nomme agapê, qu’on a bien du mal à traduire. Disons que c’est une haute et humble tendresse, un amour au coeur de tous les amours, qui les décontamine de l’esprit de destruction ; une générosité, une ferme douceur sans arrière-pays de revendication ou de prétention à dominer. Pour Paul, c’est cela qui est impérissable en l’homme, cela seul. Tout le reste passera. Quant à l’apôtre Jean, il va jusqu’à cette formule extrême : « Qui aime connaît Dieu, qui n’aime pas ne connaît pas Dieu
». C’est-à-dire que le tout à fait insaisissable se donne à nous dans cette chose si humble : que nous ayons de la tendresse les uns pour les autres ».
Maurice Bellet « Reprendre goût à la vie, comment ? » Éditions de l’Atelier – 2005

« Il n’y a pas d’homme condamné ! Il n’y a pas d’homme condamné ! Combien de fois ais-je écrit cette phrase ?
Combien de fois ais-je eu besoin de l’entendre, pour moi et pour d’autres que moi ? Que quelqu’un soutienne gravement une thèse à ce sujet-là !
Que se lève cette aurore !
Car s’il n’y a pas d’homme condamné, alors tout vaut, tout peut être sauf, il suffit que naisse au monde la parole qui transperce la mort – un mot, un regard, et c’est fait ».
« La loi de toutes les lois : ce que tu veux qu’ils te fassent, fais-le pour eux.
Ce que tu désires pour toi, donne-le à qui tu rencontres, donne-le à qui te demande.
Cette justice-là résume tout.
À condition.
À condition que ton désir ne soit pas pourri. Et quel est le meilleur de ton désir ? Que l’autre te soit assez proche pour que ton désir soit : qu’il vive ».
Maurice Bellet « La traversée de l’En-Bas » Bayard – 2005
Des attentes d’humanité

Evry : le discours de conclusion de P. Malartre



"Nous savons [...] pouvoir compter sur vous et pouvoir compter les uns sur les autres pour continuer, par notre engagement à promouvoir la Personne, à donner chair à l'Espérance."

"Il y a quelques jours je rendais visite à l'hôpital à un religieux chef d'établissement qui vient de sortir de 2 mois de coma. A ma question "qu'est-ce que ça fait de revenir à la vie ? " il me répondait : "L'essentiel devient lumineux ; tu sais, pour l'Enseignement Catholique, cet essentiel c'est la manière de considérer l'élève, la manière de le considérer comme une Personne à aimer".

Je retrouvais exprimé en quelques mots, par une expérience personnelle où l'accessoire s'efface spontanément, le cheminement de nos Assises depuis ce jour de septembre 2000 où nous invitions l'Enseignement Catholique Français à entrer en démarche de profond renouvellement pour actualiser sa raison d'être en ce début de siècle.

En effet, depuis maintenant 5 ans et demi, par les diverses étapes et temps-forts de cette démarche, nous n'avons fait que creuser peu à peu l'essentiel : le caractère propre de l'Enseignement Catholique, exprimé on ne peut mieux par Jean-Paul II : "La promotion de la Personne humaine est le but de l'école catholique". Nous l'avons fait en vérifiant où nous en étions de la réalité vécue de notre projet éducatif fondé sur un sens de la Personne éclairé par l'Évangile. Peu à peu nous sommes passés des nécessaires innovations pédagogiques à ceux à qui elles s'adressent. Peu à peu notre titre initial "Eduquer, passion d'Espérance" est devenu "Éduquer la Personne, passion d'Espérance"'.

Une Espérance en la Personne en germe dans les 6 résolutions et les 57 propositions pédagogiques, éducatives et pastorales annoncées à l'UNESCO le 1er décembre 2001. A l'heure où l'on redécouvre la nécessité de diversifier les parcours scolaires, ces résolutions sont d'une urgente actualité pour ouvrir à chaque jeune un parcours de réussite. Nous n'en sommes pas encore à une école de toutes les intelligences.

Une Espérance en chemin dans les 8 000 engagements recueillis après le 1er grand rendez-vous des Communautés éducatives le 3 décembre 2004. Vous avez osé écrire comment rectifier le tir quand des Personnes, jeunes et adultes, sont blessées.

Une Espérance signifiée par les 2 000 cahiers de la réussite, fruits des rendez-vous des Communautés éducatives du 2 décembre 2005, qui ont orienté le projecteur sur ce qui marche. Il faut aussi savoir développer nos points forts, et le faire ensemble.

Une Espérance illustrée par le beau calendrier de la réussite qui nous reliera chaque semaine jusqu'à l'été 2007.

Cette Espérance n'est plus un titre, ni un vœu, ni seulement un mot. Elle prend forme dans notre souci d'être exigeants avec nous-mêmes, c'est-à-dire d'être le plus possible cohérents entre le dire et le faire, en particulier dans les relations dans l'établissement. Elle s'affirme par la conversion du regard sur l'élève que révèle notre manière de l'évaluer et de croire en sa capacité à réussir.

Un regard qui n'emprisonne pas l'élève dans son histoire antérieure. Méfions-nous par exemple de l'étiquetage, le Père Bellet parlait hier de pancarte, qui suit parfois un élève de classe en classe.

Un regard qui ne réduit pas l'élève à ses résultats scolaires. J'ai bien aimé ce que des élèves de lycée, dans un sketch sur l'évaluation, font dire à un professeur à l'adresse d'une fille encore découragée par une mauvaise note :"Ce n'est pas toi qui est ratée ; c'est ton devoir".

Un regard qui ne résume pas l'élève à ses comportements en classe. Rappelons-nous cette réaction entendue hier d'une mère de famille au sortir d'un entretien avec un enseignant : "Ce n'est pas que ça mon enfant !". Relisons parfois en équipe éducative notre manière de parler des élèves en conseil d'école ou en conseil de classe, notre manière de rédiger les appréciations sur les carnets de notes ou les bulletins trimestriels.

Un regard qui ne programme pas et qui évite, et même s'interdit, tout jugement définitif.

Rappelons-nous Félix : il avait tout pour être renvoyé de son lycée professionnel. Grâce à la patience des responsables de l'établissement, à leur refus de la fatalité, Félix a pu redémarrer. Il a fini par donner raison à la confiance de ses éducateurs. Une confiance qui fait vivre quand elle se traduit par une exigence qui fait grandir

Rappelons-nous Steven, d'abord plutôt mal reçu par ses camarades, et qui après avoir révélé ses talents d'acteur nous dit : "Je leur ai prouvé que je pouvais faire quelque chose de vrai".

Tous les témoignages entendus depuis hier après-midi nous confirment que désespérer n'est ni éducatif ni chrétien. Ces témoignages, les affiches de réussites exposées à l'Agora, toute notre célébration, signe de notre communion, convergent vers cette évidence : parce que nous avons parlé la Personne, nous avons respiré l'Espérance.

Si nous saluons en ce jour le chemin parcouru, la fécondité de votre action, la modernité du projet de l'Enseignement Catholique, encore plus en ces jours où de nombreux jeunes de notre Pays nous renvoient fortement à notre responsabilité de les engager dans un avenir et dans leur avenir, nous ne voulons pas pour autant être les spécialistes du regard… dans le rétroviseur.

En concluant la matinée à l'UNESCO j'avais lancé : "Et maintenant… au travail !". Message reçu et appliqué au-delà de nos propres espérances… grâce à vous tous.

Aujourd'hui j'ai à vous dire : le travail continue. On n'a jamais achevé la conversion du regard ; l'Enseignement Catholique n'a jamais fini d'être lui-même.

De prochains rendez-vous arrivent fort opportunément pour apporter leur contribution à notre démarche de fidélité créatrice :

Le congrès de l'UNAPEL en mai à Nantes s'interrogera sur les attentes des familles et les projets des établissements ; on en voit bien la résonance avec ces deux journées.

Les Évêques de France, en lien avec nous, approfondissent la mission de l'Enseignement Catholique dans l'Église et dans la société. Ils manifestent ainsi de fortes attentes, pour nous encourageantes et stimulantes.

Pour la suite, vous nous avez fait remonter votre souhait d'élargir et d'enrichir un peu plus chaque année les rendez-vous des communautés éducatives du 1er vendredi de décembre. Nous vous confirmons notre volonté d'en faire l'un des relais durables de nos Assises, en lien avec les pilotes diocésains qui nous ont déjà tant aidés à discerner les moyens d'avancer ensemble.

Nous avons été très sensible à votre présence dans des conditions difficiles pour nous rejoindre hier. Nous en remercions vivement chacune et chacun d'entre vous. Nous savons d'autant plus pouvoir compter sur vous et pouvoir compter les uns sur les autres pour continuer, par notre engagement à promouvoir la Personne, à donner chair à l'Espérance :

Celle de Noël où Dieu, en se faisant homme, vient révéler à l'humanité que sa fragilité, nous en avons beaucoup parlé hier, est chemin de réussite.

Celle de Pâques, Espérance jaillie du tombeau, où l'inattendu de la Résurrection du Christ vient contredire les prophètes de malheur, ceux qui pensent que tout est joué, que tout est perdu.

Au contraire, Pâques est la fête de la Personne sauvée

Pâques est la fête de l'avenir.

Alors s'illumine notre message final de ces deux jours :

Espérer en l'élève, c'est aimer son avenir."

Paul MALARTRE