
"Nous savons [...] pouvoir compter sur vous et pouvoir compter les uns sur les autres pour continuer, par notre engagement à promouvoir la Personne, à donner chair à l'Espérance."
"Il y a quelques jours je rendais visite à l'hôpital à un religieux chef d'établissement qui vient de sortir de 2 mois de coma. A ma question "qu'est-ce que ça fait de revenir à la vie ? " il me répondait : "L'essentiel devient lumineux ; tu sais, pour l'Enseignement Catholique, cet essentiel c'est la manière de considérer l'élève, la manière de le considérer comme une Personne à aimer".
Je retrouvais exprimé en quelques mots, par une expérience personnelle où l'accessoire s'efface spontanément, le cheminement de nos Assises depuis ce jour de septembre 2000 où nous invitions l'Enseignement Catholique Français à entrer en démarche de profond renouvellement pour actualiser sa raison d'être en ce début de siècle.
En effet, depuis maintenant 5 ans et demi, par les diverses étapes et temps-forts de cette démarche, nous n'avons fait que creuser peu à peu l'essentiel : le caractère propre de l'Enseignement Catholique, exprimé on ne peut mieux par Jean-Paul II : "La promotion de la Personne humaine est le but de l'école catholique". Nous l'avons fait en vérifiant où nous en étions de la réalité vécue de notre projet éducatif fondé sur un sens de la Personne éclairé par l'Évangile. Peu à peu nous sommes passés des nécessaires innovations pédagogiques à ceux à qui elles s'adressent. Peu à peu notre titre initial "Eduquer, passion d'Espérance" est devenu "Éduquer la Personne, passion d'Espérance"'.
Une Espérance en la Personne en germe dans les 6 résolutions et les 57 propositions pédagogiques, éducatives et pastorales annoncées à l'UNESCO le 1er décembre 2001. A l'heure où l'on redécouvre la nécessité de diversifier les parcours scolaires, ces résolutions sont d'une urgente actualité pour ouvrir à chaque jeune un parcours de réussite. Nous n'en sommes pas encore à une école de toutes les intelligences.
Une Espérance en chemin dans les 8 000 engagements recueillis après le 1er grand rendez-vous des Communautés éducatives le 3 décembre 2004. Vous avez osé écrire comment rectifier le tir quand des Personnes, jeunes et adultes, sont blessées.
Une Espérance signifiée par les 2 000 cahiers de la réussite, fruits des rendez-vous des Communautés éducatives du 2 décembre 2005, qui ont orienté le projecteur sur ce qui marche. Il faut aussi savoir développer nos points forts, et le faire ensemble.
Une Espérance illustrée par le beau calendrier de la réussite qui nous reliera chaque semaine jusqu'à l'été 2007.
Cette Espérance n'est plus un titre, ni un vœu, ni seulement un mot. Elle prend forme dans notre souci d'être exigeants avec nous-mêmes, c'est-à-dire d'être le plus possible cohérents entre le dire et le faire, en particulier dans les relations dans l'établissement. Elle s'affirme par la conversion du regard sur l'élève que révèle notre manière de l'évaluer et de croire en sa capacité à réussir.
Un regard qui n'emprisonne pas l'élève dans son histoire antérieure. Méfions-nous par exemple de l'étiquetage, le Père Bellet parlait hier de pancarte, qui suit parfois un élève de classe en classe.
Un regard qui ne réduit pas l'élève à ses résultats scolaires. J'ai bien aimé ce que des élèves de lycée, dans un sketch sur l'évaluation, font dire à un professeur à l'adresse d'une fille encore découragée par une mauvaise note :"Ce n'est pas toi qui est ratée ; c'est ton devoir".
Un regard qui ne résume pas l'élève à ses comportements en classe. Rappelons-nous cette réaction entendue hier d'une mère de famille au sortir d'un entretien avec un enseignant : "Ce n'est pas que ça mon enfant !". Relisons parfois en équipe éducative notre manière de parler des élèves en conseil d'école ou en conseil de classe, notre manière de rédiger les appréciations sur les carnets de notes ou les bulletins trimestriels.
Un regard qui ne programme pas et qui évite, et même s'interdit, tout jugement définitif.
Rappelons-nous Félix : il avait tout pour être renvoyé de son lycée professionnel. Grâce à la patience des responsables de l'établissement, à leur refus de la fatalité, Félix a pu redémarrer. Il a fini par donner raison à la confiance de ses éducateurs. Une confiance qui fait vivre quand elle se traduit par une exigence qui fait grandir
Rappelons-nous Steven, d'abord plutôt mal reçu par ses camarades, et qui après avoir révélé ses talents d'acteur nous dit : "Je leur ai prouvé que je pouvais faire quelque chose de vrai".
Tous les témoignages entendus depuis hier après-midi nous confirment que désespérer n'est ni éducatif ni chrétien. Ces témoignages, les affiches de réussites exposées à l'Agora, toute notre célébration, signe de notre communion, convergent vers cette évidence : parce que nous avons parlé la Personne, nous avons respiré l'Espérance.
Si nous saluons en ce jour le chemin parcouru, la fécondité de votre action, la modernité du projet de l'Enseignement Catholique, encore plus en ces jours où de nombreux jeunes de notre Pays nous renvoient fortement à notre responsabilité de les engager dans un avenir et dans leur avenir, nous ne voulons pas pour autant être les spécialistes du regard… dans le rétroviseur.
En concluant la matinée à l'UNESCO j'avais lancé : "Et maintenant… au travail !". Message reçu et appliqué au-delà de nos propres espérances… grâce à vous tous.
Aujourd'hui j'ai à vous dire : le travail continue. On n'a jamais achevé la conversion du regard ; l'Enseignement Catholique n'a jamais fini d'être lui-même.
De prochains rendez-vous arrivent fort opportunément pour apporter leur contribution à notre démarche de fidélité créatrice :
Le congrès de l'UNAPEL en mai à Nantes s'interrogera sur les attentes des familles et les projets des établissements ; on en voit bien la résonance avec ces deux journées.
Les Évêques de France, en lien avec nous, approfondissent la mission de l'Enseignement Catholique dans l'Église et dans la société. Ils manifestent ainsi de fortes attentes, pour nous encourageantes et stimulantes.
Pour la suite, vous nous avez fait remonter votre souhait d'élargir et d'enrichir un peu plus chaque année les rendez-vous des communautés éducatives du 1er vendredi de décembre. Nous vous confirmons notre volonté d'en faire l'un des relais durables de nos Assises, en lien avec les pilotes diocésains qui nous ont déjà tant aidés à discerner les moyens d'avancer ensemble.
Nous avons été très sensible à votre présence dans des conditions difficiles pour nous rejoindre hier. Nous en remercions vivement chacune et chacun d'entre vous. Nous savons d'autant plus pouvoir compter sur vous et pouvoir compter les uns sur les autres pour continuer, par notre engagement à promouvoir la Personne, à donner chair à l'Espérance :
Celle de Noël où Dieu, en se faisant homme, vient révéler à l'humanité que sa fragilité, nous en avons beaucoup parlé hier, est chemin de réussite.
Celle de Pâques, Espérance jaillie du tombeau, où l'inattendu de la Résurrection du Christ vient contredire les prophètes de malheur, ceux qui pensent que tout est joué, que tout est perdu.
Au contraire, Pâques est la fête de la Personne sauvée
Pâques est la fête de l'avenir.
Alors s'illumine notre message final de ces deux jours :
Espérer en l'élève, c'est aimer son avenir."
Paul MALARTRE